Ketchup

Ketchup, silice, promenade, jouissif, feuilleté, assomption, water, idée, banquet,
flûte, démiurge, promiscuité, Ventoline, torréfaction, vermifuge, décontenancé…
Je me retrouve dans une file d’attente moi qui déteste ça. Me focalise sur les
choses qui me font du bien moi qui suis mal à l’aise avec ça. J’aime le gras pas la
graisse, la caresse de la soie sur le fil de ma main, mes mains dans les culottes
en coton, souffler les bougies ou les moucherons qui s’agglutinent en nuages,
donner le dernier tour de vis ou tirer le fil qui suture la plaie.
La Ligne Verte, The Rock, Le Seigneur des Anneaux, Forrest Gump, Des souris
et des hommes, Top Gun, C’est arrivé près de chez vous, Jurassic Parc, James
Bond 1, 2, 3, 4… Transformers, E.T., Cocoon, impossible de lister des films sans
association d’idées… Piège de Crystal, La la land…
Je déteste la façon dont on suspend mon temps. Je fais la queue au cinéma mais
ce que je veux, c’est suspendre mon propre temps dans un cadre donné par moi.
C’est à moi de faire la mise en scène et là je suis otage comme dans The Rock.
On m’oblige à attendre à l’extérieur à me tenir debout à fixer le sol pour éviter
de croiser les regards. Comme tout cette année on a ralenti ma façon d’évoluer
jusqu’à décider de mes quatre dimensions. Haut bas gauche droite, le temps
en bonus, comme à la loterie. On ne pense qu’en quatre dimensions cela peut
sembler bien dérisoire. Notre temps ne comprend que le cube cosmique qui lui
est limité. Mais tant que, aussi longtemps que, des objets stellaires immense en
masse feront plier l’espace et le temps, nous serons perpétuellement bien peu
de choses.
Salade, vétusté, membre, pain, roue, déduction, souffle, comptabilité, banc
public, lissage, petit pois, carabine, mélange…
J’essaie de comprendre pourquoi on m’a manipulé. Je jette un regard a terre
et gratte mes chaussures contre le sol. J’élabore des séries de mots au hasard
j’ai peine à dire s’ils coïncident à ce que je vois, aux lignes aux délimitations aux
anfractuosités aux effritements. Je soupire et ma respiration cyclique se mute
en méditation. Je sais être sage je pratique le yoga. Suis un être sage au moins
quelques secondes par jour ce n’est pas donné à tout le monde. Le sophrologue
atteint des sommets en dilettante. Mais c’est éphémère forcément cubique.
8
Intense et vertical. Je plie l’espace car je suis dense. J’aime les tunnels lorsque
j’en vois la fin. À l’inverse des amitiés des coups d’un soir. Je cerne le terrain
urbain sans qualifications. Je vois de la silice du brillant, j’appréhende un bruit
sous mes semelles. Parce que je dispose du don d’observation. Je sais ramasser.
Ramasser un texte, ramasser un corps, ramasser des informations, ramasser
mes sentiments les regroupe en boule ou plutôt en cubes de significations mais
celles-ci sont également éphémères alors je les nomme poésie pour ne pas avoir
à les intituler folies passagères.
Les larmes de Lova V. Stein – pas vu. India Song, La Jetée, The Fountain, Salò
ou les 120 jours de Sodome et Gomorrhe, Film socialisme, La ligne rouge, El
Topo – pas vu, El lado oscuro del corazon, Un pigeon perché sur une branche
philosophait sur l’existence – pas vu…
Maître du temps : varier indéfinir ramasser les dimensions. Se focaliser durant
une seconde comme si elles duraient toute une vie ok on médite bien lorsqu’on
s’ennuie, qu’on attend, qu’on suspend nos dimensions même de force… Je reste
le démiurge car je contrôle le temps tels les Titans. Je bouffe Chronos issu de ma
cuisse de poulet – celle-ci me fait mal d’ailleurs, trop de yoga de galipettes, je
tente d’attribuer un aspect divin à cette douleur qui pointe une faiblesse de ma
physionomie de ma physiologie je ne sais jamais mais la douleur est la même.
Phénoménologie de la musculature mais on s’amuse.
Je gratte le sol et commence à déterminer des rythmes avec mes semelles.
J’ai souvent des réflexions à la con qui partent du sol et filent dans les étoiles.
Quand le sucre et trop sucré il devient sel. Le froid trop gelé devient brûlure. Je
fais de la poésie avec de petits attributs. Ce qui fait de moi un tout, c’est qu’à
priori aussi bien qu’à posteriori, j’aurais aimé être poète ou paysan. C’est ce
que dit Sean Connery dans The Rock. Le film – dans lequel The Rock ne joue
pourtant pas. Services spéciaux de sa majesté. Double mise en abîme en un peu
plus sadique. James bondage. Triple dimension avec Nicolas Cage qui s’enferme
volontairement dans une cellule d’Alcatraz.
Du ciel à la terre et retour. J’irais bien voir ce film et même faire la queue pour
me marrer. Ce qui est ringard aujourd’hui sera probablement une référence
dans 20 ans. Comme ma poésie.

I was born to be blue

J’écoute ses couleurs le bleu le vert. Je vois des romans noirs des séries du
soir. Miles Davis m’a durant un temps fait plus de mal que de bien. J’ai adoré
le saxophone de mes années 89 mais la trompette m’a angoissé. Comme
dans la lucarne télévisée le chapeau les impers. On m’en a gavé dans ma
prime jeunesse. J’ai vécu dans la télé mes premiers romans mes premières
ambiances noires mes premiers meurtres. Tout était maladroits ressemblait
aux images des années 1953 déjà en 1989 on voulait aller vite bien plus vite et
virer tout ça. Clichés sombres de cities enfumées toutes ces villes à l’époque
crachaient de la vapeur par leur bouche d’égout tel New York City. Qu’est-ce
qu’on fumait dans tous les coins en ces temps. Fumer passe le temps et passe
à l’image pourquoi s’en priver et ne pas en rajouter encore. Non je n’aimais
pas Gainsbourg non plus. Il portait pourtant du bleu mais tout en lui était
gris. Il existe des flammes froides c’est plus qu’un fait c’est une évidence. La
flamme de Gainsbarre je ne la voyais plus sûrement lui non plus.
Le bleu est ma couleur de mes années 89. Laissez-moi me fondre dans un
tango cinématographique de Solanas. L’Argentine a su être à dessin si triste.
Laissez-moi marcher dans une rue fausse bercée de fumée et de bandonéon.
Faisons face à la dictature la tristesse la honte. On déambulait dans la nuit
dans les fumées en faisait tchick tchick avec ses mocassins, dans les années 89. Tout faisait du bruit, le cuir le faux cuir les bombers les boguets les postes
radio les télévisions les impers les briquets les machines à café les cabines
téléphoniques la musique d’ambiance. Tu l’entends la musique d’ambiance.
Tu te mets un Miles Davis en tête tu peux même choisir. Ou bien du saxophone
pour illustrer le déclin des années 1989. Il existe toujours des débats pour
savoir quand débutent et terminent les siècles. Je sais de mémoire plus
ou moins sûre que le siècle 1990 a démarré en 1992, lorsque la musique
électronique a tout aplati. Les saxophonistes n’avaient plus de nom ils n’en
ont jamais eu. Mais tout le monde voulait la trompette de Sir Miles et la
veulent encore.

Green in blue. Blue in green. Il y a toujours dans la confusion une forme de
vérité. Et inversement même si cela ne veut sûrement rien dire. J’ai toujours
trouvé qu’on se permettait des choses en musique que l’on n’oserait pas faire
en littérature ou au cinéma. L’intelligibilité reste une norme absolue. Mes
années 1989 mes années bleues. Fard à paupières bleu. Pull bleu marine.
Grand Bleu. Bleu azur bleu lavé, bleu maîtrisé, bleu contrôlé, Trois Couleurs
Bleu. Déchirure de lumière bleue entre les lamelles d’un store, accentuée par
la fumée la trompette à la Miles Davis et un sempiternel spot bleu qui sort
de je ne sais où. Mais là aussi le propre de la lumière en télévision et de faire
autant l’artifice que de la signification alors trouvez donc la vôtre, moi je vis
sans. De toute manière en lumière comme en poésie en cinéma en musique,
ce qui a parfois un sens absolu en 1989 n’en a plus aucun en 1992.
La musique est-elle une image, est-elle une métaphore, une expression ?
Quoi qu’en dise Aristote, elle est le seul art qui ne peut restituer une situation
de façon exacte. Musique-image certes, image-musique peut-être. Hommage
à l’image toujours. Décrit des sentiments indéfinissables. Des gargouillis dans
le bide et quelques palpitations nerveuses. Ou la face d’un comédien mais
on apprend très vite lorsque l’on commence à jouer des personnages que la
colère peut être froide et bleue ou la joie triste et liquide. Je regrette le froid le
recueillement. Les années 80 sont la seule époque nostalgique d’elle-même.
La peau noire absorbe la lumière blanche et reflète toutes les autres couleurs.
Regarde les photos les films. On raconte une histoire avec du bleu du noir
de la sueur beaucoup de lumière. I was born to be blue. J’ai découvert Chet
Baker à quarante balais. Il est mort dans mes années 1989. When you left, the
curtain fell. Le rideau tombé a laissé passer cette lumière enfumée saillante
entre les lattes de la persienne sous un air de piano. Il n’y en a eu que pour
le piano. Il survivra au saxo c’est certain mais sot. Alors que la trompette est
comme le velcro, elle a fait la guerre elle est allée dans l’espace. On ne détruit
pas un héros de guerre. On ne fait que l’oublier puis s’en rappeler.


On a inventé les blues parce que les types déprimés maltraités étaient blue.
Parce que le bleu se fraie un chemin sur la peau des noirs que la tristesse des
autres c’est beau. Je n’ai jamais aimé la tristesse des autres. Dieu sait que j’en
ai soupé de la mélancolie en images et que j’aime les Noirs de toute nature. Je
ne voulais pas le blues, pas celui des autres, je voulais mon blues à moi. Mon
blues splendide.
Tu dis blue in green ou green in blue mais le vert meurt en retournant au
blue. Ton arrangement ne marche pas il ne me convient pas. Laisse le vert en
dehors de cette sombre histoire. Restons en bleu. On n’ose plus être blue.
On ne peut plus être noir. On ne veut pas être bicolore ou tricolore. On veut
briller. Être l’étincelle de lumière savamment orchestrée sur la trompette, au
rebord du pavillon, lorsque le musicien va chercher au loin une note qu’il va
hurler dans les hauteurs, un si bémol qu’il tient si longtemps que bien après il
suffit d’à peine plisser les yeux pour l’entendre à nouveau.
On pose moins des images sur de la musique que de la musique sur des
images. On dit que la mélodie les accentue mais le contraire peut aussi se
produire. Dans un concert les musiciens imitent la musique. Ils produisent la
némésis de leur propre atmosphère. Les longues plumes noires de la coiffe
de PJ Harvey à son immense concert. La lumière bleue venait lustrer le jais.
Des hommes en noir opéraient les chœurs. Le ciel se voilait comme avant la
pluie. Le public était médusé. Les critiques ont affirmé que la scène était trop
grande pour elle alors que c’était le contraire. Trop grande pour nous, elle se
fondait les cieux obscurcis, ne faisait qu’une avec le bleu sourd qui précédait
la nuit. Tirait son cou au loin pour viser l’horizon diffus. De ces instants où
notes et images fusionnent pour rester dans nos souvenirs.
Hormis cela l’image dépérit vite lorsque la musique cesse. Et ce qui persiste
et de l’ordre du mental ou du physiologique. Chez moi c’est la couleur bleu.

Rouge

J’ai réclamé la couleur rouge, je n’ai pas résolu à m’en séparer. Elle tâche les doigts mais c’est si bon. Je dis rouge et tout le monde fuit. Je suis un poète de la couleur et vous embaume dès que je l’ouvre.

J’ai vu la façon dont mon estomac était étalé sur la voie publique. Le gros intestin est la partie la plus délicate à replacer dans son contexte. Le pape à son intestin qui souffre et peut le sortir à loisir sous sa robe cardinale. On se rétrograde jusqu’au sang qui pisse avec le rouge.  

J’ai émis des hypothèques qui m’ont fait réaliser un retour en arrière. Je tourne la tête de façon si violente que ma peau tire. J’inverse mes vertèbres et mon système nerveux pour mieux regarder mon derrière.

Je n’ai pas souhaité les abandonner, ce sont elles qui m’ont congédié lorsque toutes ces créatures sont sorties de mes narines. C’est que l’air est chargé et bien chargé ces temps. Même dans le parfum il y a de la matière à discussion.

C’est plus ou moins à chaque fois la même histoire. Parce que se regarder c’est aussi observer les autres. Les maths sont toujours la solution.

Je ne voulais pas piquer de la tête.

Je ne voulais pas faire l’entremise. J’ai baissé les consciences. J’ai vu ses seins. J’ai pris sur moi. J’ai tété. J’ai pensé pourquoi pas. J’ai éjaculé. Je pense que le sperme est transparent. Une histoire doit être vraisemblable mais doit surtout être écrite.

C’est simple je réclame que l’on m’indique voir trois doigts lorsque j’en montre deux. Je tends la main je dis combien, là toute l’histoire commence, une histoire de dérision. Je continue là où mon père m’a laissé : rien n’a d’importance et surtout pas les choses essentielles. Les détails se nichent dans le Diable et celui-ci voit rouge avec tout ça dans le cul.

Je suis devenu un expert en dérapages. La condition pour se mouvoir. Glisser filer. Je n’ai pas demandé à regarder les gens de haut. Ils sont tous couchés tous menus.

La pornographie me fait prendre de la hauteur elle me guette – quéquette.  

Je ne suis pas celui que vous croyez. Je suis plutôt le pire dans le domaine de ce qu’il se fait de mieux. Le centre de la classe moyenne modérée. Ce n’est plus un pouvoir c’est une abomination.

J’ai vu ses seins j’aurais jamais dû. C’est joli la nuque dégagée les mèches rouges, les larmes tatouées sur les paupières les lèvres gonflés au tube d’aspirateur. Les clavicules qui saillent les poils sur les jambes mais pas trop. L’essentiel est que ce soit désagréable, fastidieux, qu’on y perçoive du sang et du transparent. Le sang liquide froid. Froid et chaud. C’est joli cette souffrance et ce sang sur les draps.

Je ne suis pas celui que vous croyez je voulais pas. J’ai mis du rouge sur ses membres alors qu’elle s’attendait à du romantisme ou du tabac. C’est quand la tête tourne sur elle-même que c’est le plus contraignant. Pour tout on s’y fait on continue de vivre. A dix-neuf ou soixante-deux ans. On voudra toujours être ailleurs être quelqu’un d’autre.

L’indicible

J’ai récemment réalisé que je n’écrivais pas par connivence avec l’indicible. J’ai la conviction que les mots ne suffisent pas à exprimer émotions et pensées. Ecrire est une recherche qui débouche sur des options, jamais une solution.

La gageure : mettre des mots sur des concepts ou des situations, choisir la simplicité alors que le biologique ou le social (ou leur souvenir) sont éminemment complexes. On pourrait passer des livres entiers à décrire une seconde. Un regard dans un café: le pull rouge de la femme qui attend, son brushing, ses ongles vernis. Le miroir en fond de salle, l’origine du trou dans le plancher, le vieux porte-manteau qui craque et que personne n’a utilisé pendant vingt-trois ans.

Il en va de même pour une idée. Un texte qui serait au plus proche de ma pensée serait déstructuré, copié-collé tel du cut-up à la Burroughs. Surréalisme en barre qui, comme le dit le manifeste du même nom, retranscrit le rêve et ses incohérences. En une seconde j’ai en tête un amas de tableaux, une valse de mots. Mon cerveau, s’il était seul ou sans possibilité de communiquer, refuserait d’y donner sens.

La pensée qui, dans mon cas, précède un écrit est un rêve éveillé. Par fidélité pour sa narration, il me faut en assumer le désordre et le non-sens. C’est le meilleur moyen de laisser vivre une histoire ou un sentiment. Laisser mes yeux se révulser et regarder mon cerveau afficher ses scénographies. Si je désire être lu, il faudra cependant me contraindre à tout remettre en ordre, pour le lecteur. L’écriture n’est pas une lecture masturbatoire de ma propre psyché. C’est l’oxymore de l’auteur: satisfaction frustrée de retranscrire au mieux ce qui m’habite.

L’exercice de la poésie est différent, en ce sens qu’il s’autorise la superposition. Ma pensée en désordre peut s’affirmer dans des mots eux-mêmes désordonnés, qui apporteront au lecteur un sens encore différent de ma pensée originelle. Et c’est tant mieux. Le sens figé perd toute valeur lyrique. On ne fait pas de la poésie avec des certitudes, mais avec une pointe de confusion.

Fanfaronner

J’ai parcouru les monts et les veaux pour vous dire ces vérités.

J’ai hérité du laid du beau pour pouvoir vous conter.

J’ai décidé que chaque opportunité était de mise et jamais je ne l’ai regretté.

J’ai vaincu les hydres et les malédictions juste pour vous amuser.

Car ce qui m’importe c’est votre bonheur. Ni le mien ni le sien. C’est vous que je vis.

Nous partîmes cinq cents en arrivant au porc nous étions tous nus. Dénudés de sens. J’ai regardé mon reflet dans le miroir, ma moustache saillait et mes hanches étaient trop larges. Était-ce une raison pour l’abandonner ? Seul l’avenir le rira. Bilan sur son lit de mort et c’est très fugace : cela dure une éternité.

Je n’ai pas la tête à fanfaronner, deux plus deux égal ce que vous voulez, fichez-moi la paix. J’étais tranquille dans ma maison en Ecosse lorsque le juge est venu frapper à ma porte. Que pouvais-je bien y faire à part le trucider ? C’est vrai ça, j’en ai dit des âneries mais était-ce une raison de m’énerver ?

Dans « se lier » à quelqu’un on est à deux lettres de lier quelqu’un, avec de vraies cordes et beaucoup de lâcheté. J’ignore pourquoi c’est toujours seul et triste (mais c’est lié) que j’écris le mieux ou écris le plus. Un peu de talent c’est toujours bon à prendre s’il est sporadique. C’est vraiment le contraire de l’amour tout cela.

Pas envie

IMG-0615

Pas envie de t’écrire, de te lire, de te jouir, de te suffire.

J’ai pas les sentiments à la place du cœur, pas l’aura de ma sœur, mon âme dans les lueurs.

Peux pas dire, pas souffrir, pas suffire. Moi-même je suis moi-même.

Je m’envole à la dérobée. Dérobé. Débordé.

A chaque jour suffit sa scène. A chaque moine suffit sa peine. Je n’ai jamais su écrire, encore moins bien, moins, bien. Moi ? Bien.

Bonne année, bonne santé, bonne amitié, bonne ambiguïté. Je goutte à la bonne et me couche, suranné, fatigué, exhaussé.

Je vais t’oublier comme les châteaux de cartes rangés dans les tiroirs.

Je vais t’oublier comme les traces de dentifrice sur le miroir.

Je vais t’oublier comme nous faisions l’amour dans le noir.

Dans la main

Dans la main de l’enfant

nait un vermisseau d’amiante.

 

Dans l’amante de la case

git un soubresaut.

 

Dans l’essence des rimes

vit une pauvreté sans pareil.

 

Dans le bulbe des vagues

exulte la mer partie.

 

Dans les idées de la tombe

naissent les feux follets,

ou les lueurs indignes

à la prononciation.

 

Dans le stupre,

la stupeur,

la luxure et l’affabilité de l’après soirée,

dans les cafés mal fréquentés de Mouscou,

Bratislava

 

Ou Pékin.

 

Dans l’essence des rimes

vit une pauvreté sans pareil.

 

Dans le son sourd

nait la tristesse infinie,

une longueur d’onde

qui résonne tant qu’elle peut,

comme autant de pas,

de pets,

de petits accidents,

comme les semelles frappent le sol.

 

Dans tes yeux naissent

les tresses de Raiponce,

lance ses mèches par-dessus le balcon

pour appâter un prince

qui la prendra,

parce qu’il sent

qu’elle a perdu

ses derniers frissons de virginité.

 

Dans l’essence des rimes

vit une pauvreté sans pareil.

 

Dans la bouche maudite du poète

naissent les cris troubles

d’un malheureux,

seul,

comme toute princesse.

Tom Clancy pow pow pow

C’est parfait. C’est beau. C’est frais. C’est fait c’est pas refait. Je renonce pas. Mes idées sont confuses qui ne l’est pas ? Je retourne en rond. Dépression. Satisfaction. Branlette, mitraillette, Tom Clancy, Playstation, écran large, pizza, Tinder, tireur, un coup franc, pow pow pow, dans la pute.

J’avais pour modèle Jacques Chessex, Jean-Luc Godard. Toute une série d’apôtres. Moi-même suis un prophète, Seigneur Dieu sur papier. Sur le papier c’est pourtant pas compliqué une fois tout écrit et publié.

Je l’ai vue, elle ne m’a pas aperçu. Je l’ai percée elle ne m’a pas dépecé. Je lui tourne autour. Je ne sais pas. Je ne la suis pas. Je ne suis pas, celui-là. Elle ne me connait ni ne me reconnait. Je vais renoncer à la forcer. C’est mal vu pas tendance.

J’entre, Tom Clancy, écran wide 4k, large branlette, dépression, Tinder, franc-tireur, coup franc, KKK, bonnet blanc blanc bonnet, gros bonnet, KKKK, Ocean’Eleven, Godfather, Dark Cristal, dark life, black cock, innocente au gros bonnet.

Pensais avoir besoin d’être ivre pour être fou. C’est le contraire. I’m more a horse than a man. Ou un chien. Bad bitches in the house. Salut, peau jeune, peau pale, yeux noisette, joli corps. Suis sympa j’écris des horreurs. Ha. Ha. Ha. Salut.

Je ferme les yeux je vois des horreurs. Dans le cul tout ça. Les horreurs que je refuse de voir je les écris. Après trois rhums tout a sa logique. Plus de rhum égal plus de logique.

 

 

L’art de l’idée de la rupture

Je suis nabot je suis grand

Je suis eau je suis vent

Je suis chaud

Je suis salaud je suis perdant

Je suis idiot je suis intelligent

Je suis rétro je suis récent

 

Le monde s’est engagé dans une perpétuelle quête de nouveauté

Cette nouveauté rassure et flatte

Mais qui je l’ignore

Réhabilitation, recyclage, fidélité aux courants anciens, émeuvent mais ne savent convaincre

Tel Faust, chacun a tout appris tout testé, s’est éprouvé de mille façons, a pensé à tout

Chacun a vécu mille fois, évalué complètement, rejeté l’inutile, ce qui ne lui sera pas profitable

 

Il me faut chercher ce que je ne connais pas encore

Inventer ce que je dois inventer

La quête absolue de la découverte absolue

Me conduit au vertige absolu

 

Nous aimerions vous interviewer au sujet de la politique d’immigration de notre état cher

Cela m’a mis dans tous mes états

Nous profitons du fait que vous êtes un artiste

Je suis Docteur Faust essayez toujours

Vous êtes vous-même immigré, enfant d’immigré, suffisamment intégré et immigré pour témoigner avec une érudition et une éloquence propres à un segundo

En fait je suis secondo, par ma mère, qui est italienne, primero par mon père, qui est espagnol, artiste par Dieu, qui aimait inventer des babioles, m’a fait à son image

 

Je suis fasho je suis militant

Je suis fiasco je suis mirobolant

Je suis miro je suis clairvoyant

Je suis marmot je suis décadent

Je suis mégalo je suis indifférent

 

J’entends à la radio que l’uchronie porte beaucoup sur les évènements mineurs

Alors je cherche le mot uchronie

U privatif et chronos

On arrête le temps on le refait, à partir d’un événement mineur qui par cette action deviendra majeur

 

Sommes-nous tous des majeurs contrariés ?

 

Quelqu’un affirme avec assurance, à la radio, qu’il ne pense pas que le système capitaliste soit un bon modèle

Le monde nous l’a récemment prouvé, à maintes reprises

Hi hi

Il sourit

A la radio

 

Jamais plus je ne dirai bravo

Jamais plus je ne dirai braver

Jamais plus je ne dirai baver

Jamais plus ne dirait dévot

Jamais plus je ne dirai des veaux

Des vaux

Des vaut

Des vos

Des vœux

Des vents

Des vies

Des vis

Des vus

Des vues

Des vêpres

Des vaigres

Des maigres

Des Nègres

 

Je vais plutôt regarder la télévision

Bruit de jeu vidéo

Gamin concentré

Coince la pointe de sa langue entre ses lèvres

Sa mère lui parle, en castillan, de la Révolution

Une révolution, una revoluzion, accident mineur devenu uchronie devenue évènement majeur.

On quête, mais tout ce veau

 

Ni Nietzsche ni Faust n’étaient, ne sont, nihilistes

Ils craignent le nihilisme

Dégoût et ignorance d’une société nombriliste et passive et satisfaite et repue

Nietzche et Faust perdus

Faust a l’intuition que son salut, ce sont les étoiles

Nietzche le suicide

 

Je suis le péquin je suis le venin

Je suis l’idiot je suis la garce

Je suis l’idée je suis la farce

Je suis vidé je suis la force.

08.02.15 (Litteratur auf dem Ring)

IMG_6121Il était une fois comme dans un conte, un livre déchiré avec animosité, répandu sur le sol du Ring Bahn. Il était une fois un massacre, le meurtre d’un livre, dans l’indifférence générale. Somme de feuilles répandues parterre, sales, jaunasses, des traces de pas et d’autres déchets pour les accompagner. Des gens qui passent, aucune émotion. Parmi les débris j’ai recueilli, juste avant de sortir à Treptower Park – pour regarder se lever sur la Spree le soleil hivernal, fatigué, orangeâtre, perdu dans un ciel bleuet, glacé – deux morceaux de papier, les plus petits possible, pour en savoir le moins, tenter d’en saisir le plus.

C’est l’histoire d’un mendiant berlinois. Un hivernal, qui parcourt les allées des métros en piaillant d’une voie aigrelette que si on ne désire pas acheter le dernier numéro de la revue « La Rue », on peut tout de même glisser quelques piécettes dans sa main sale. Sûrement pas un mendiant de conte de fée. Aucune autre lumière sur lui que celle des néons grillagés. Pas l’éclairage d’un auteur bienveillant, qui fait de lui un sage dissimulé sous des guenilles. Un de ces types qui fouette et dort, le cou brisé, sur une banquette du Ring Bahn. Qui s’assied sur des cartons et se force à sourire de ses dents moches lorsque vous vous rendez au distributeur de billet, que vous retirez cent euros et refusez, en évitant son regard, de lui donner dix cents. C’est mon histoire aussi. Parce que je ne peux pas prendre sur moi toute la misère du monde. Parce que mes dix cents, je les ai sués. Et que, au lever du soleil dominical, accoudé à la rambarde qui donne sur la Spree, je m’en fous bien du pauvre bougre qui crève de froid sur son carton, ou de honte dans le Ring Bahn.

Les feuillets rescapés, c’est aussi l’histoire d’un cordonnier d’Alger, qui aurait pu venir du pays du sable pour chausser un monarque bienveillant. Sage comme le mendiant ou vous ou tous les autres. Les yeux en amandes cernés de noir, comme dans les films implicitement xénophobes des années cinquante. A cette époque on avait des colonies, de fait on les a encore. Le brave sauvage ne vient plus cirer nos pompes, il vient gagner sa croute en fourrant des baguettes de pains ou des pains ronds, ou tous les autres pains pourvu que ce ne soit pas à nous de la faire. Bonjour Monsieur quelle sauce, avec ou sans oignon, bonjour Monsieur que puis-je vous servir. Bonjour Monsieur, je ne cire plus vos groles mais puis-je les réparer à un prix imbattable. Sur mon établi, avec quelques clous, en pensant à ma marmaille en banlieue, à ma mère au bled, à mon bulletin PMU dans ma poche.

Le conte, une histoire complète d’au moins deux cents pages mais qui se résumait pour moi à trente mots jetés sur du papier chiffonné et jauni. Tout se trouve là, sur ces deux morceaux : le mendiant, le cordonnier, le pêcheur. Encore un vieux sage, ce pêcheur. Un descendant de Pierre Paul Jacques. Un homme heureux que ce pêcheur. Pas un crève la faim qui voit mourir autour de lui les derniers vestiges de l’agro-pisciculture. Pas un vieillard de cinquante balais, fatigué et mauvais, ivrogne et désabusé, qui racle le fond des mers pour en tirer que dalle. Ou si, du sable et des critiques de bienfaiteurs de la nature qui les haïssent, lui et sa corporation, eux qui filent à béqueter à l’Homme depuis que le Monde est monde. Le poisson on en a rien à carrer dans les capitales. On l’achète en surgelé et on espère ne jamais en voir dans les eaux troubles de la Seine ou du Bosphore ou de la Spree. Moi je regarde le soleil, car il est loin est bien trop incandescent pour être gâté.

Ces personnages, ces sages, qui avaient tous une histoire fantastique derrière eux, convoitaient tous du riz. Heureux ce sage – que de sages dans nos histoires ! Tellement, tellement plus qu’autour de nous ! – qui demanda qu’on remplisse un échiquier de riz, en commençant avec un grain à la première case, en arrivant à toutes les récoltes du royaume à la soixante-quatrième, simplement en doublant la quantité à chaque étape. A bouffer pour un royaume, cela paraît aujourd’hui dérisoire. C’est comme si on alignait tous les Lidel et les Kaiser’s de Berlin et qu’on les donnait à un malin qui aurait su ruser l’Etat. Il nous resterait au moins les Apple Store, H&M et autres shops Adidas. Pour les touristes. Pour les gens cools à soigner, sans eux que ferait la capitale ? Berlin sauvée. Berlin peut bien crever la dalle, pourvue qu’elle soit stylée, sauvage, lookée total fashion, droguée au Club Mate, mince, terriblement mince, en baskets mais pas n’importe quelles baskets. Des Adidas ou des Nike ou des machins vintage qui ont l’air de puer. Fuck art, let’s dance. On a vingt ans, on peut bien fouetter des pieds ! On peut vivre ici sans bouffer. Sans riz ! Rien à foutre du riz ! Fuck le riz, let’s dance !

Dans les allées, les lignes de métro, les canaux, dans les pages de ce conte qui en comprend deux cents, partout autour et dans nos têtes, on voit le royaume. Tours, monuments, avenues, architectures, démesure, histoires, Berlin sauvage, lookée total fashion, total Köniz d’un autre temps. Berlin est un royaume et le royaume qui englobe tout vous moi et les édentés et les sages. Comme dans ce foutu conte que jamais je ne lirai. Et pour tenir ce royaume sans vie, ce bateau ivre, il faut bien un roi. Et son trône. Alors, dans ma tête qui commence à ne plus voir très clair, ce roi se trouve là au somet de Berlin mais son trône est à Hambourg. Et le royaume comprend tous les Lands et tous les royaumes alentours et tout ce que l’Allemagne fait de meilleur. Parce que tout est rassemblé, tout communique, tout n’est qu’une somme de mots mis bout à bout, mais qui peut se retrouver dépiautée en un instant, parce que les histoires et les contes et les discours sont friables et démontables. Comme mes idées, mes envies, mes mots, la terre ou l’eau qui coule sous le pont.

Je n’observe ni la terre ni l’eau qui s’écoule sous le pont ni mes idées ni les histoires des autres. Je ne sens pas le béton sous mes pieds ni le tissu contre ma peau ni même ne ressens ce que je suis de biologique. Je ne veux plus rien savoir des poissons qui ne frétillent pas dans la Spree, du riz qu’on ne bouffe plus qu’en sachet ou des chaussures en plastiques dont les éléments sont thermocollés par des ouvriers sous-payés à l’autre bout du monde. Je ne désire ni l’odeur rance des passagers matinaux de la Ring Bahn, ni sa moiteur nocturne dans laquelle ma soirée avait débutée. Ce que je veux, c’est regarder jaunir le soleil, prétendre qu’en observant son ascension, je pourrais le faire devenir suffisamment gros, imposant, rayonnant et chaud pour qu’il nous engloutisse, nous et nos histoires. Toutes nos histoires.