15.06.11

Tu espères retrouver dans mes yeux fatigués la langueur de notre dernière nuit. L’épuisement de la Révolution. La mort, ses apparitions, par secousses enragées. Toi, ma maîtresse, tu t’exprimes en filigrane à travers cette femme qui me fait face. Tu réclames mon étreinte. Tu veux danser, dans la musicale et triste rumeur des bordels de Buenos Aires. Capter les effluves âcres de ma sueur après les nuits de fête. Extranar el calor de mi cuerpo amoroso. Mon corps amoureux. El rythmo de mis caricias. Mes caresses comme autant d’inexprimables réponses à la violence.

Tu es partie, je me suis exilé. Mon âme était une secousse, elle s’est évaporée dans la fumée des fusils,les hurlements de la torture. Le bateau m’emportait vers les cités dorées, vers la liberté de n’être qu’une émanation. Le pays qui accueillait nos danses nocturnes déployait son relief sur l’océan. Notre fresque idyllique se peignait de noir et se mutait en chef-d’œuvre, à mesure que je m’éloignaisde my patria, hurlant d’un dernier cri mon mépris pour la Révolution. Puta revoluzion ! Ne me sonde pas. No me ames ! Ma peau saignait.

J’ai avalé la douleur. J’ai gardé mes cris pour une comptine cynique chantée à mes enfants le regard évasif. Jamas baillare. Jamais plus je ne danserai.

Tu es restée verte comme un arbre tropicalposé sur ses racines.Tes humeurs sont toujours malléables et vivantes. Ta chevelure grisonne désormais, ton chignon est fièrement posé dessus, comme à l’habitude.Tes yeux ont toujours la couleur de la nuit durant laquelle j’ai pris la fuite. Tes mots sont désincarnés, sans autre but que celui de faire s’écouler les heures passées en ma présence. Peut-être pour mieux attendre le moment où je t’inviterai pour une dernière danse, où je te confierai que les paroles m’importent peu, que seule la sensation de ton corps fatigué proche de ma poitrine pourrait me contenter

Je ne reviendrai plus sur la terre de ma douleur. Sur le sol de ma passion. La révolution est une palabre désuète. Las palabras desuadas del hombre con suenos de nino. Le guerrier aux rêves de gosse, fœtus crevé de coup d’état. L’Etat est mort, la religion pour laquelle je me suis saigné est usée comme une poussière morbide. Seule la musique peut encore flotter dans l’air. Le dictateur est dépecé, il a violé notre âme, il n’a enfanté que chimères et absurdités. Je ne danserai plus. Les rythmes du violon et du bandonéon me martèlent le crâne, m’entraînent dans une danse de passion. Alors je demeure immobile, parcourant avec toi le silence de l’exil. El silienzio del dolor. Tanto sangre para nada. Tantas lagrimas, perder te, morir y morir.

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