01.01.13 (Extrait de roman)

Sur la terrasse qui faisait face à la mer, dans cet hôtel qui surplombait une majestueuse falaise de lîle d’Ios, la petite blonde lisait. Nonchalamment, le dos nu. Sa peau était dorée, douce à mon regard. Ses seins, lourds et rond tels ceux d’une jeune fille, se présentaient à peine à moi. À peine, mais suffisamment pour que je doive me réfugier sans attendre dans ma chambre pour saisir ce qui m’arrivait. C’était Laura. Une Saint-Galoise de vingt-deux ans, à la taille fine et à la poitrine avenante, qui exhibait ingénument son corps au pervers que j’étais.

J’avais été invité à un barbecue d’anciens collègues. Le jour même, Eva m’avait confié enchainer les difficultés affectives et les angoisses de tournage. Je lui avais alors proposé de m’accompagner afin qu’elle puisse se changer les idées. Depuis quelques temps, elle s’affirmait progressivement comme plus possessive et jalouse. Nos discussions concernant mes autres amantes tournaient court, un message sur mon portable, un coup de téléphone, l’insupportaient. Elle refusait de le reconnaître, mais j’étais persuadé qu’elle tombait amoureuse et que ses projets à mon égard devenaient progressivement plus sérieux… Un ressentiment avait progressivement pris place en elle. Son amertume, qu’elle disait ne pas s’expliquer, était devenue communicative. J’avais décidé de ne pas lui en tenir rigueur et de faire comme si ces inclinaisons n’existaient pas.

Anciens et nouveaux employés s’observaient dans un mélange d’animosité et de condescendance. Les nouvelles recrues se devaient de faire bonne figure en feignant l’épanouissement. Les anciens montraient que, leur deuil résolu, ils avaient effacé les stigmates d’un emploi trop insignifiant pour leurs ambitions. Parmi ce monde de crabes dans l’expectative, une ancienne collègue, Mélanie, avec qui j’avais eu une aventure sans grande saveur. Eva s’était tout de suite entendue avec elle. Nous nous sentions tous les trois écrasés par cette ambiance morne de publicitaires tentant de rester en réseau les uns avec les autres. Alors nous avions bu, parlé un peu et exprimé notre mal-être à travers quelques jeux puérils de moquerie et de taquineries. Les yeux verdoyants d’Eva s’obscurcissaient à mesure que les bouteilles étaient vidées. Tous trois feignions de ne pas savoir où cela nous conduisait. Mais la provocation qui grondait dans le regard de la Tchèque m’avait obligé à la mettre au défi. Et c’était de feu que ses yeux s’étaient remplis, lorsque j’avais demandé à Mélanie de nous accompagner pour terminer chez moi cette soirée piteusement entamée.

L’appartement avait beau avoir pris la forme d’un paisible lieu d’après-soirée, l’ambiance y était électrique. Alors que je roulais un joint dans la cuisine, projetant une possibilité de mener ce nouveau fantasme à bien, des râles émanant du salon me sortirent de mon artisanat. Eva, conquérante, avait mis le grappin sur la blonde Mélanie et les deux femmes étaient déjà en train de se dénuder et de se caresser lorsque je revins, interloqué, dans le salon. J’essayais de ne pas perdre pied et fis en sorte de prendre part à ce jeu dont je ne saisissais pas la teneur. Je m’approchai de mon amante, espérant la conduire à gâter mon intimité et ainsi m’infiltrer dans ce jeu torride. Au moment où j’approchais mon sexe de sa bouche, elle détourna la tête et mis plus d’ardeur à s’occuper de sa nouvelle compagne. Déchu, retourné, je me mis au lit, avec dans mes oreilles les derniers râles de jouissance qui parvenaient du salon.

Dès que je sentais Laura évoluer dans les environs, je ne pouvais m’empêcher d’exulter. Toutes mes émotions se concentraient furieusement dans mon bas-ventre, comme si un amour charnel impossible à maîtriser avait pris possession de mon corps.

Avec Eva, c’était comme si nous disposions d’un secret magistral que jamais nous n’aurions besoin de révéler. Il nous avait protégé jusque-là.

J’étais venu chercher dans la tranquillité dans les îles grecques. Sûrement aurais-je dû me méfier de leurs origines volcaniques.

Et pourtant je l’avais dominée.

Laura avait une sensualité qui s’exprimait à travers l’ensemble de ses traits. La première fois que nous avions parlé, elle s’était approchée, seins nus, et s’était positionnée de façon à ce que le petit muret qui séparait nos deux balcons puisse cacher ses bras, couvrant eux-mêmes ses seins. Après quelques mots sur notre pays de résidence, et le fait que je comptais relater mon aventure avec Eva sous forme de roman, elle avait commencé à rougir de notre promiscuité nouvelle. Une fois, sa petite cousine n’avait pas manqué de le lui faire remarquer, mais je feignis de ne pas avoir saisi ces quelques mots prononcés en suisse-allemand.

J’attendis un jour, deux jours, trois soirées, une somme interminable d’heures, pour enfin me retrouver près d’elle autrement dans une conversation informelle et bâclée. Je l’avais vue évoluer autour de la piscine, son maillot entre ses fesses galbées et indécentes de vitalité. Je l’avais croisée, le soir, attablée avec sa famille, sur une terrasse du village dans lequel j’errais comme un mauvais présage. Je l’avais imaginée, descendre sur la plage en contrebas de l’hôtel, la zone naturiste sur laquelle, sûrement, elle se dénudait et plongeait dans cette eau encore tiède pour un mois d’octobre. Elle se laissait ainsi désirer par des quadragénaires à la chair encore vivace et qui, malgré leur habitude de voir des femmes nues, auraient été émus d’apercevoir Laura, sa candeur, sa blondeur et son dos doré comme la plus pure des crèmes au caramel.

Au quatrième jour, un dîner avait rassemblé tous les convives de l’auberge, soit Laura, sa famille et moi. C’était l’anniversaire du tenancier, nous n’étions même pas dix. Nous avions mangé ensemble comme l’aurait fait un clan, nous avions bu sans compter nos rations, nous nous étions laissé emportés par des danses grecques en nous tenant les mains. Laura exprimait la pureté de sa joie, celle d’être entourée d’être aimés, d’avoir encore droit à l’insouciance. Peu après minuit, nous nous étions tous jetés habillés dans la piscine. Nous riions et dansions, le sirtaki cette fois. Et puis Laura s’était approchée de moi. Nous avions parlé, accoudés au bar, de son avenir et de ses études. Encouragées par la vodka et la danse, nos têtes tournaient. Le fait qu’elle était accompagnée de membres de sa famille n’importait plus, nous n’étions plus que les deux. Elle était remontée dans sa chambre mais j’étais allé frapper à sa porte. Nous nous étions rejoint sur mon balcon. Cette fois-ci, nous n’étions plus séparés par le muret. Je pouvais observer la peau caramélisée de ses jambes, ses sourires aux dents blanches, ses seins redevenus pudiques. J’étais ivre, je peinais à retenir mes émotions et tout ce qui m’importait, c’était de pouvoir la retenir près de moi encore un instant. Lorsqu’elle réussi finalement à me quitter, elle enjamba le muret avec maladresse. Alors qu’elle me tournait déjà le dos, juste avant qu’elle n’entre définitivement dans sa chambre, je lui suppliai d’attendre. Sans opposer de résistance, elle fit demi-tour et vint se coller au petit mur qui nous séparait à nouveau. Exactement là où nous avions parlé, un peu mal à l’aise, pour la première fois. Alors je mis ma main sur sa nuque et l’embrassai. La musique et les cris de joie des autres convives étaient encore audibles.

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