Performance autour des champignons, octobre 2013 (extrait)

Le dernier homme était arrogant. Il traversait les feuillages avec assurance. Il fendait la végétation dense comme s’il eût s’agit d’une étendue d’herbe. Ses mains vigoureuses brassaient les feuilles, qui l’éclaboussaient d’eau de pluie ; il n’en avait cure. De façon insidieuse, il se fatiguait. Il avait rencontré mes congénères dorés, aux chapeaux pareillement arrondis. Il les avait interrogés, avait pris note de ses observations puis rapidement déduit qu’ils n’étaient pas la cible qu’il convoitait. Leur odeur caramélisée l’avait enchanté. Le dernier homme pensait, grâce à cela, avoir repris des forces. Son corps, lui, savait que ce n’était pas le cas. Il lui fit des misères, refusa de plus en plus souvent d’avancer. Perdu dans le demi-jour perpétuel, le dernier homme ne vit pas passer ni les heures ni les jours.

Il suffisait de me chercher pour me trouver. J’étais immobile au centre de notre monde. La vanité les avait tous empêchés de m’atteindre. Sauf le dernier homme.

Il était arrivé jusqu’à moi en rampant. A sa place, j’aurais préféré rester face à mon image et succomber. Mais il s’était trainé pour m’atteindre. Sa main était humide et heureuse ; épuisée. Sûrement avait-il imaginé me déraciner d’un coup de poignet, pensant que, à l’instar de mes congénères dorés, je n’étais pas enraciné. A peine m’avait-il saisi qu’il réprima aussitôt son mouvement. Il avait compris qui j’étais.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s