15.01.2015

Tu attends sur le quai de la gare. Lavaux, il y a un peu de neige mais du redoux. Avec toi des dizaines d’autres passagers, hagards ou agacés. Tu as été prié par une voix féminine, crachotée à travers les haut-parleurs, d’évacuer le train régional. Peu avant, elle avait annoncé qu’il faudrait une vingtaine de minutes à la police pour faire son travail. Vous patientiez déjà, toi et les autres passagers, à l’intérieur du S1 en direction de Lausanne. Tu devais supporter les bouffées de chaleur qui t’envahissaient, ta gorge serrée, le bruit agaçant des téléphones portables qui crépitaient, te tapaient sur le système, parce que tu étais fatigué, gorgé de café, à fleur de peau et que le train s’était brusquement immobilisé alors que tu avais rendez-vous.

Tu venais d’entendre rouler et se déliter, sous le wagon, sous tes pieds, une chose lourde et massive, un tronc d’arbre peut-être, qui avait violemment ricoché et fait retentir un craquement cinglant, comme autant de morceaux de bois brisés en une seconde. Le mécanicien avait freiné brusquement comme s’il se trouvait sur la route.

Ce n’était pas un accident. Encore moins un accident de personne. Cette personne qui n’en était plus une avait volontairement sauté devant la motrice, pour en finir, se faire balloter sous toute la longueur du train. Elle s’est broyée et t’as laissé planté là, dans le train surchauffé et étouffant, sur le quai enneigé de la gare, avec tes pensées morbides et, dans tes oreilles encore, ce son hideux que plus jamais tu n’oublieras.

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